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ELECTRONIQUE... TA MÈRE !
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C’est sûr que le discours qui voudrait que "c'était mieux avant" fait de vous un ringard. Jadis, avec un air entendu, seuls les hommes causaient foot, politique, automobile pour rouler des mécaniques. Tenez, justement, parlons-en.
Aujourd'hui, les garagistes sont devenus informaticiens. En France, plus de 50 % des pannes sont désormais électroniques, contre à peine 15 % dans les années 90. Un ami achète une Scénic Renault. Aussitôt, l’allume-cigare et tout le circuit qui permet de recharger un appareil portable à l’aide d’une prise USB déclare forfait. Le devis pour remplacer le système est hors de prix : plus de 300 € pour une fonctionnalité de base. Alors, on s’en passera…
L’été dernier, sa voiture est garée en Espagne. Nuit d’orage. Le lendemain matin, il retrouve tous les compartiments aménagés sous le tapis de sol remplis d’eau. C’est là qu’il planque habituellement ses appareils photo. Heureusement, ce jour-là, ils sont vides. Seulement, en remontant en France, il constate que la climatisation ne marche plus, fusillée par ces infiltrations. Il retourne chez son garagiste qui lui dit :
"Désolé, mais j’ai cassé mes appareils pour vous réparer ça."
Et pour cause : les outils de diagnostic pour ces systèmes coûtent plusieurs milliers d’euros, et chaque constructeur impose ses propres interfaces. Sur ses indications, notre fidèle client de Renault se rend donc chez un spécialiste qui n’oublie pas de saler sa facture : 600 €. La clime marche.
Mais du coup, c’est le GPS, la radio et le lecteur de CD qui se croisent les bras. À la place, une horloge s’affiche sur fond d’écran noir. Retour chez le garagiste, qui s’installe derrière une console de travail.
"Votre appareil a rendu l’âme et je n’ai pas le matériel nécessaire. Il va falloir démonter tout le tableau de bord et l’envoyer à Nantes. Mais ça devrait coûter dans les 700 €."
Comme la voiture devra être immobilisée une dizaine de jours, on remet cette réparation pour la rentrée, d’autant que le garagiste part en vacances.
Et puis une semaine plus tard… Ô miracle : le GPS, la radio, les CD, tout fonctionne normalement ! Pourtant, notre électronicien avait prononcé un diagnostic sans appel. De quoi se poser quelques questions.
Même si vous venez d'économiser 700 € et un temps précieux, c’est là que vous regrettez votre première 2CV, 375 kg de tôle, un moteur de 375 cm³ à l’origine, facile à démonter avec une clé de 10, sans électronique embarquée, sans calculateur, sans réseau multiplexé. La bête coûtait moins de 5 000 francs dans les années 60. Un conducteur débrouillard (pas moi !) pouvait changer un embrayage dans un champ, avec un couteau suisse et un tournevis.
Aujourd’hui, l’entretien moyen d’un véhicule dépasse 700 € par an, selon l’Automobile Club Association. Et quand on sait que l’obsolescence programmée fait son chemin dans le secteur – avec une durée de vie des véhicules qui tend à stagner autour de 11 ans malgré des technologies plus coûteuses – on comprend l’agacement. Les composants sont scellés, les logiciels cryptés, les batteries non remplaçables sans expertise.
Quant aux mécaniciens, ils doivent désormais suivre une formation continue sur la haute tension, les capteurs, les logiciels embarqués. Le CAP maintenance des véhicules intègre désormais des modules sur les systèmes ADAS (freinage d'urgence, maintien dans la voie, etc.), qui nécessitent un calibrage informatique à chaque intervention.
C’est sûr, ce n’était pas mieux avant.
Mais au moins, on savait réparer.
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