Titre :
IL FAUT SIGNER CONTRE LA LOI DUPLOMB !
|
|
|
Les citoyens ont le droit de parler de tout, surtout de leur santé !
En boucle aujourd'hui, sur une grande chaîne d’information en continu, un agriculteur des Côtes-d’Armor s’est exprimé pour dénoncer la pétition signée par plus d’un million de Français à ce jour contre la loi Duplomb. Cette loi, rappelons-le, assouplit l’usage de plusieurs substances pesticides controversées, notamment l’acétamipride, un néonicotinoïde reconnu pour sa toxicité sur les abeilles et potentiellement dangereux pour la santé humaine. L’argument de cet agriculteur ? Les citoyens n’auraient pas les connaissances nécessaires pour se prononcer sur un tel sujet. Il prend pour exemple la fermeture d’un hôpital : « Moi, je ne signerais pas une pétition contre la fermeture d’un hôpital, je ne suis pas compétent en la matière. » Or, cet argument est non seulement fallacieux, mais aussi profondément contradictoire.
L’usage de pesticides touche à la santé publique au même titre que la déliquescence du système hospitalier. Il ne s’agit pas d’un débat purement technique réservé aux initiés. Les pesticides, comme l’acétamipride, se retrouvent dans l’air, l’eau, les sols et bien sûr, dans l’alimentation. En 2022, une étude de l’ANSES révélait que plus de 30 % des fruits et légumes vendus en grande surface contiennent des résidus de pesticides au-delà des seuils réglementaires. Quant aux néonicotinoïdes, leur usage, même limité, est pointé du doigt par les scientifiques pour ses conséquences sur la biodiversité, les pollinisateurs et les perturbations endocriniennes chez l’humain. Face à cela, les citoyens sont légitimes à se mobiliser. Revendiquer une alimentation plus sûre n’est ni de l’ignorance ni de la naïveté : c’est un acte politique, démocratique, et de plus en plus vital.
La deuxième contradiction du propos de cet agriculteur réside dans son indifférence vis-à-vis de l’état dramatique du système de santé français. Ce n’est pas l’affaire des seuls médecins, c’est l’affaire de tous. Dans les Côtes-d’Armor, comme dans d’autres territoires ruraux ou périurbains, les habitants vivent quotidiennement la désertification médicale.Trouver un cardiologue, un spécialiste comme un ophtalmologue,un dentiste devient impossible. A cause de quoi ! Qu'on le dise clairement ! Le nombre de médecins généralistes a baissé de 5 % en dix ans dans les zones rurales, selon la DREES. D’après l’Ordre des Médecins, 30 % des Français vivent dans un désert médical. Tel est l'état sanitaire de la sixième puissance mondiale Si toutefois elle l'est encore...
Il est compréhensible qu’un agriculteur défende ses outils de travail. Ce serait malhonnête de nier les difficultés économiques que rencontrent certains producteurs, confrontés à la concurrence mondiale, à la précarité, aux injonctions contradictoires de la PAC et aux exigences sanitaires. Mais défendre son pré carré ne devrait pas se faire au mépris du bien commun. Pesticides et désert médical sont deux facettes d’un même enjeu : le droit à une santé digne, globale, accessible. Le citoyen a non seulement le droit, mais le devoir, de s’exprimer sur ce qui touche à sa santé, à celle de ses enfants, à celle de la planète. Et s’il y a bien une chose que cette tribune souhaite rappeler, c’est qu’il n’est pas nécessaire d’être agriculteur pour parler d’agriculture, pas plus qu’il n’est nécessaire d’être médecin pour défendre l’hôpital. Nous sommes tous concernés. Nous sommes tous compétents quand il s’agit de notre avenir.
Le lien vers la pétition : ICITE
|
| |