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Titre : LES MYSTERES DE JUMIEGES

Dans ma bibliothèque repose en bonne place un ouvrage ancien, à la reliure un peu fanée, mais au titre encore évocateur : Les Mystères de Jumièges, racontant la légende des Enervés. Je l’ai lu voici une trentaine d'années avec le plaisir un peu complice que procurent les romans historiques du XIXe siècle. J’en avais naturellement attribué la paternité à un auteur de cette époque prolifique. Quelle ne fut pas ma surprise en découvrant que Raoul de Navery, nom figurant en couverture, n’était qu’un pseudonyme, emprunté à son grand-père-maternel, et qu’il dissimulait en réalité une femme de lettres, fort lue en son temps, mais aujourd’hui largement oubliée.




Née à Nantes en 1811 sous le nom d’Eugénie Caroline Saffray, Raoul de Navery appartient à cette lignée discrète mais féconde des romancières catholiques du XIXᵉ siècle. Le choix d’un pseudonyme masculin ne relevait pas ici d’une coquetterie littéraire, mais d’une nécessité : à une époque où les femmes de lettres n’étaient que difficilement prises au sérieux, surtout dans les milieux traditionalistes, s’effacer derrière un nom d’homme offrait à la fois protection et légitimité. Le procédé, fréquent — on pense à George Sand ou Daniel Stern — permit à Navery de publier une œuvre dense, structurée, et traversée par des préoccupations à la fois spirituelles, sociales et historiques.

Raoul de Navery a publié une cinquantaine de romans, pour la plupart édités par des maisons confessionnelles comme Mame, spécialisées dans la littérature morale, familiale et religieuse. Son univers romanesque s’ancre dans les grandes valeurs catholiques — la piété, la souffrance rédemptrice, la famille chrétienne — mais il ne se limite pas à un simple catéchisme en prose. Il est aussi traversé par une sensibilité historique et régionaliste très marquée, notamment en ce qui concerne la Bretagne, terre à laquelle l’auteure reste viscéralement attachée. Dans ses récits, la Bretagne devient à la fois décor, mémoire et motif : l’Histoire y rejoint la légende, la foi chrétienne s’y mêle à l’esprit de résistance.

Parmi ses ouvrages les plus marquants figure sans conteste une Histoire des marquis de Pontcallec, récit historique centré sur la conspiration bretonne de 1718-1720. Cette révolte, menée par Marc-René de Pontcallec, aristocrate breton réfractaire aux impôts du Régent, se solda par l’arrestation, le procès expéditif, puis l’exécution du marquis, décapité à Nantes en 1720. Navery redonne à cette figure tragique toute sa grandeur silencieuse, faisant de lui le symbole d’une Bretagne humiliée mais jamais soumise. Elle ne fut pas la seule à lui rendre hommage : Hersart de La Villemarqué recueillit dans le Barzaz Breiz une gwerz poignante, Marc’harid Pontkalleg, chantée bien plus tard par Alan Stivell ou Gilles Servat, et dont l’écho résonne encore dans le film Que la fête commence de Bertrand Tavernier, quand Jean-Pierre Marielle incarne un Pontcallec désabusé, tragique et profondément humain, décapité avec deux de ses compagnons en place de Nantes.

Ce dialogue entre fiction romanesque et mémoire historique constitue sans doute l’un des traits les plus originaux de l’œuvre de Raoul de Navery. Chez elle, l’Histoire n’est pas un simple prétexte romanesque, mais une matrice d’identité. Elle y puise des figures, des valeurs, des résistances — non pas pour les figer dans une mythologie conservatrice, mais pour leur redonner chair, émotion et vérité. Ce n’est donc pas un hasard si ses récits trouvent aujourd’hui un écho renouvelé dans les milieux attachés à la culture bretonne, à l’histoire des femmes écrivaines, ou encore à la redécouverte de la littérature populaire du XIXᵉ siècle.

Raoul de Navery s’est éteinte en 1885, laissant derrière elle une œuvre prolifique mais trop peu étudiée. Longtemps rangée au rayon des "romans de dames pieuses", elle mérite aujourd’hui une relecture plus attentive. Non seulement pour la qualité narrative de ses intrigues, la finesse de ses portraits et la sincérité de son engagement spirituel, mais aussi pour cette manière singulière qu’elle avait de faire résonner la voix d’une femme à travers un nom d’homme, dans une époque qui n’écoutait que trop peu celles de son genre. Ce double effacement — pseudonyme et oubli — rend sa redécouverte d’autant plus précieuse. Le marquis de Pontcallec est actuellement réédité. VOIR


Pour la petite histoire, Raoul de Navery n'est pas la seule femme a avoir fait un roman de la légende des Enervés. Je possède également dans ma bibliothèque la version de Julie Lavergne, Les captifs de Jumièges. Quant à la gwerz Marv Pontcallec, elle reste l'un des trésor du renouveau breton des années 70 qui m'ont retenu à jamais dans ce pays sans je n'en oublie pour autant la Normandie.

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