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EUROPE 1 : SALUT LES COPAINS... D'ANTAN !
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| Mon radio-réveil est d'humeur capricieuse, si vous saviez. Longtemps, France Inter m'a tiré des bras de Morphée pour me pousser dans ceux de Lea Salamé. Nous avons très vite divorcé. Son côté Bobo-Parigot peut-être. Ou c'est peut-être moi qui, du fond de ma province, sentait un peu trop la bouse. Enfin, on s'est quittés.
Alors j'ai réglé l'appareil sur France Info. Là, pas de minauderies. Droit au but : du sérieux, du rythme ! Et voilà qu'un beau matin, alors que je ne lui avais rien demandé, l'appareil malicieux se porte en grésillant sur RTL. Mais bon, j'avoue que leur façon de lancer les sujets m'est apparue plutôt dynamique, voire même franchement originale.
Surprise aujourd'hui, je suis cette fois réveillé, mais vraiment réveillé par une station que je n'avais pas entendue depuis des lustres : Europe 1 ! En écoutant jusqu'au bout — et il m'a fallu beaucoup de courage – la tranche 7h-9h, j'ai eu l'impression d'entendre un disque rayé. Les thèmes récurrents ? L'immigration, la drogue, la délinquance. Mais aussi l'immigration, la drogue et, tenez-vous bien, la délinquance...
Près de ma couche repose le nounours de mon enfance. Alors je vous vois venir, vous allez me dire que je suis un bisounours. Bien sûr que ces sujets envahissent notre société, ils la divisent même. Mais là, la façon dont j'en ai entendu parler ne tient pas de l'information. C'est de la propagande.
Et de défendre bec et ongles les crèches de Noël dans les mairies. Et de développer la biographie du saint du jour. Que dire de ce billet ânonné d'une voix mal assurée sur l'anniversaire de la séparation des Églises et de l'État. Il était si mauvais, si orienté que, entendant cela en 1905, j'aurais immédiatement bouffé du curé, au moins six, allez douze, plus peut-être, moi qui vient de pondre un papier sur l'abbé Houlière, moi qui vénère tant l'abbé Coupel qui fut curé d'Yainville...
"Il ne faut plus dire Noël, mais fête de l'Hiver !..." Un moment, je me suis creusé la cervelle pour identifier une voix familière. J'y suis ! C'est Olivier de Lagarde, ancien de France Info. Mais que fout-il là, lui ! Le voilà qui nous sert sa revue de presse avec un ton sarcastique, genre Radio-Paris ment, tellement différent de celui qui était le sien sur le service public.
Idem pour Sonia Mabrouk, jadis si posée sur LCP, toujours d'égale humeur quel que soit son invité. Ses interviews étaient ceux d'une accoucheuse de talent, habitée d'intelligence, aussi belle à regarder qu'à entendre, elle était ce matin devenue cassante face à M. de Courson, trahissant ses obsessions identitaires, une sorte de Mabrouk s'en va-t-en guerre. Sors de ce corps, Marine !...
Quand Pascal Praud est arrivé pour répéter ses "bons mots" de la veille au soir sur Cnews, j'ai enfin sauté de mon lit sans parachute. Vite, j'ai quitté cette chambrée où tout le monde était au garde-à-vous devant l'adjupète Bolloré, pourtant un "ami personnel", si-si, mais je vous raconterai...
Je me console à la pensée que de nombreux observateurs estiment comme moi que cette "station périphérique" comme on disait alors, a délaissé sa mission de radio généraliste pour devenir une "CNews radio", avec des sujets clairement choisis pour favoriser l'avènement du RN. Après tout, c'est sa "liberté d'expression" comme elle répète à longueur d'antenne. Cette convergence avec Cnews vise manifestement à créer un écosystème médiatique cohérent, quitte à sacrifier les auditeurs historiques de la station. Et les auditeurs historiques, j'en suis.
Enfant, j'ai été bercé, allaité par Europe 1. Ado, pour rien au monde je n'aurais raté un seul Salut les Copains, quitte à me prendre une bulle le lendemain à défaut d'avoir fait mes devoirs. Europe 1, j'en étais totalement accro, avec ses Bellemare et ses Biraud, Jean Yanne et Jacques Martin, Hubert et son émission Dans le vent, Franck Ténot et Daniel Filipacchi, le flash de Robert Marcy,
J'entends encore à la matinale Pierre Bonte lancer "Bonjour Monsieur le maire", l'indicatif de "Musicorama", celui de "Pour ceux qui aime le jazz", les messages et les chansons dédiées aux appelés d'Algérie. Je revois les voitures bleues de la station grimper la côte Béchère dans la caravane publicitaire du Tour de France. Harold Kay était à bord, vaguement habillé en Ecossais qu'il était et faisant le V de la victoire, on vous jetait des stylos, des porte-clés, des casquettes...
C'est Europe 1 qui, un soir, m'apprit avant tout le monde l'attentat contre Kennedy, l'exécution du Che. C'est encore Europe 1, précurseur du direct, qui a le mieux couvert 68 sur les barricades, organisé ce fameux concert fracassant avec notre Johnny national. Europe 1 était pour moi la seule radio au cœur des grands événements qui marquaient l'histoire contemporaine, reine du divertissement populaire, porte-voix de la mouvance yéyé, pop, folk mais aussi de la grande chanson française... Quand un artiste sortait un nouvel album, je me souviens d'un de Brassens, on vous le passait intégralement chanson après chanson entre des commentaires avertis.
Cette fidélité s'est prolongée à l'âge adulte. Puis, la qualité déclinant, j'avais fini par passer à France Inter qui aujourd'hui commence à m'agacer aussi. Mais entendre ce que j'ai entendu ce matin, c'est un peu comme revoir un vieux pote qui a tellement changé qu'on ne le reconnaît plus. Et que l'on quitte très vite, n'ayant plus rien à se dire. Alors Salut les copains... d'antan !
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