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GILBERT FROMAGER : ADIEU L'AMI
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Nous avons l'immense tristesse de vous annoncer le décès de notre ami Gilbert Fromager. Beaucoup d'entre nous l'ont connu. Lu. Apprécié. Beaucoup d'entre nous lui doivent beaucoup. J'en suis.
Originaire de Motteville, enseignant au CET du Trait, correspondant de presse exemplaire du canton de Duclair de 1986 à 1992, Gilbert laisse derrière lui six ouvrages qui font et feront toujours référence. Et il ne les aura pas écrit qu'en consultant les archives. Mais en recueillant à temps le témoignage des anciens du pays. C'est ce qui fait toute la richesse de sa production. Des mémoires gorgées d'épaisseur humaine.
L'homme était aussi un excellent plasticien, membre de l'atelier de la Mandorle, un collectif de sculpteurs né au pied de l'abbaye de Jumièges. Bref, Gilbert était aussi pétri de talent qu'il était doux comme le bon pain. C'est lui qui aura redonné une histoire, une identité forte à notre parcelle de Normandie.
Je me souviens de cette soirée lointaine où un vent tempétueux m'avait poussé de Bretagne jusqu'à sa maison. Au culot, j'avais toqué à sa porte et face à mon insistance, il avait fini par me tendre le tout dernier exemplaire qui lui restait de son "Duclair à l'aube du XXe siècle". Il l'avait fait en dessinant le sourire complice qui pouvait être le sien, un brin étonné par cette démarche, accueillant avec humilité l'intérêt qu'on pouvait lui porter. Aujourd'hui, ce premier livre de lui, je le lis et le relis avec tous les autres qui ont suivi en éprouvant le même bonheur. Ils sont là, devant mes yeux, sur la première étagère de mon bureau, toujours à portée de main.
Comment Gilbert à scellé sa complicité avec ses lecteurs ? Après de patientes recherches, quelques mots bien choisis placés sous une image semblaient contenir beaucoup plus qu’ils n’en disaient. On y projetait ses propres souvenirs en complétant mentalement les silences de l'auteur. Gilbert vous donnait faim, vous donnait soif d'en savoir plus sur votre propre histoire.
De ce soir-là était née une estime réciproque. Mais avant cela, il avait eu une fructueuse collaboration avec un autre passeur de mémoire : Jean-Pierre Derouard. Avec lui, dès les années 2000, Gilbert a collaboré régulièrement à notre site. Voici trois ans, à la disparition de Patrick Sorel, il avait tenu à rendre hommage dans nos colonnes à cette autre étoile filante. Gil, comme l'appelaient ses amis, avait encore la vie devant lui. Mais il la savait fragile.
Voici peu encore, il nous adressait un énième article sur sa presqu'île d'Anneville-Ambourville qu'il affectionnait particulièrement et dont il assurait la chronique d'histoire locale dans le "P'tit Journal" de la commune. Des papiers pointus, précis, toujours tirés au cordeau. Il nous parlait souvent de sa compagne, enseignante et partie comme lui trop tôt, de sa maladie qu'il toisait avec noblesse, de ses voyages au soleil "tant que le temps permet d'en profiter". Et il en aura profité. Pleinement.
Malheureusement, cet été son état de santé s'est brusquement dégradé. Ses enfants ont alors tout fait pour qu'il puisse rester à son domicile jusqu'à la fin, ce mardi 2 septembre. Mais peut-on dire qu'il se soit éteint quand on a ravivé comme lui –— et pour bien longtemps — le passionnant passé de notre petite patrie.
Laurent QUEVILLY.
Hommage lui sera rendu mardi 9 Septembre à 15h30 à Bourg-Achard, dans la salle de recueillement des pompes funèbres Hélie, Zac de Quicangrogne, rue Ferdinand-Lefée.
Les fleurs ne sont pas souhaitées. En revanche, des dons pour la Fondation pour la recherche sur le cancer (Arc) pourront être déposés dans une boite (chèques à l'ordre de Fondation Arc). La fermeture du cercueil aura lieu à 15h.
Nous continuerons quant à nous à perpétuer ici la mémoire de Gilbert.
(ph. Courrier cauchois)
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