Titre :
SI MONTESQUIEU PARLAIT AUJOURD'HUI
|
|
|
1. Du point de vue du pouvoir exécutif
« Je vois en Emmanuel Macron un président de la République qui concentre entre ses mains une force trop grande : il légifère par ordonnances, il nomme, il dissout, il gouverne sans cesse par décrets. Or je l’avais dit : lorsque le pouvoir d’exécuter les lois s’unit au pouvoir de les faire, il n’y a plus de liberté. Car celui qui fait la loi peut toujours la tourner à son avantage, et celui qui l’exécute peut la tordre selon ses passions. J’observe que la rapidité des décisions, qu’on invoque pour justifier cette puissance, n’est pas toujours synonyme d’efficacité. Elle peut devenir un masque commode du despotisme administratif. »
2. Du point de vue du pouvoir législatif
« Je vois des assemblées élues, mais dont l’indépendance est affaiblie par le poids de l’exécutif. Le Parlement, qui devrait être le cœur de la liberté, devient souvent la chambre d’enregistrement du gouvernement. Je me souviens que j’avais souhaité deux Chambres pour équilibrer les intérêts, afin que le peuple et les élites puissent se contenir mutuellement. Ici, la représentation est affaiblie par l’abstention, par la perte de confiance des citoyens, par la professionnalisation de la politique. La liberté politique, pourtant, n’est rien d’autre que l’opinion que chacun a de sa sûreté ; si le peuple n’a plus confiance dans ses représentants, cette liberté s’éteint peu à peu. »
3. De la situation internationale
« Je vois l’Europe divisée, ballotée entre les grands empires et leurs volontés. J’avais observé en Angleterre que le prince devait être apprivoisé ; aujourd’hui, les démocraties doivent apprivoiser les marchés, les géants économiques et technologiques, les puissances militaires. Si les États n’opposent pas des forces équilibrées à ces pouvoirs nouveaux, ils deviendront leurs esclaves. La liberté politique n’est jamais donnée ; elle doit être défendue par un équilibre toujours précaire. Quand un pouvoir global, qu’il soit économique, numérique ou militaire, ne rencontre plus de contre-pouvoir, il devient un despotisme moderne. »
|
| |