Il existe dans la cathédrale Saint-Corentin de Quimper un fameux tableau de Yan’ Dargent intitulé " Le père Maunoir obtient miraculeusement le don de la langue bretonne." On y voit un ange imposant son index sur la langue du prédicateur. Ainsi instruit, il put faire une tournée triomphale en Basse-Bretagne, convertir les âmes non-francophones et rédiger des ouvrages d'édification parfaitement compris des celtisants.
Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai pensé à cette toile lorsque j'ai lu l'article du Courrier cauchois qui fait état de deux jeunes guides en poste cet été au manoir du Mesnil et dont elles racontent l'histoire : "Au début, on ne connaissait presque rien, juste quelques dates. Mais au fil du temps,; cela nous a permis d'étoffer nos connaissances. Maintenant, nous sommes capables de faire découvrir le manoir..." Moi qui ai mis tant d'années à reconstituer les derniers instants d'Agnès Sorel, à brosser laborieusement la liste des événements et des laboureurs qui se sont succédé au manoir de la Vigne, comme j'envie ces deux jeunes filles si vite pénétrées des secrets du lieu. Dommage que le journal ne nous en donne pas la recette, lui qui nous raconte si souvent de belles histoires anciennes en oubliant malheureusement de citer ses sources. Mais que voulez-vous, avant de quitter ce bas-monde, le vieux chercheur de 75 ans que je suis doit se faire à cette idée : quand je mets plus d'une heure à tenter de régler sans succès mon smartphone, le jeune qui vous le prend des mains vous règle ça en 30 secondes. Je ne vois pas d'autre explication que les aptitudes de la nouvelle génération née à l'ère du numérique. A moins que l'ange de Yan' d'Argent ne hante le manoir du Mesnil et ait accompli un nouveau miracle. Ce dont je doute fortement. Je me réjouis en tout cas de savoir la relève assurée quant à la transmission de notre histoire locale. Alors, allez vite écouter religieusement Caroline et Lindsay. C'est jusqu'au 31 août.