Titre :
L'EXEMPLE CORSE...
|
|
|
L’inscription dans la Constitution d’un article 72‑5 reconnaissant à la Corse un statut d’autonomie marque une rupture silencieuse mais profonde dans l’architecture institutionnelle française. En reconnaissant officiellement que, dans la République, certaines collectivités peuvent se voir appliquer des normes différentes de celles en vigueur sur le reste du territoire, ce projet introduit un principe de différenciation que l’État jacobin avait toujours soigneusement contenu. Ce n’est plus seulement une adaptation technique aux réalités locales : c’est la reconnaissance constitutionnelle d’une singularité historique, culturelle et linguistique, assortie d’un pouvoir normatif propre. Autrement dit, la Corse ne sera plus soumise au régime commun des collectivités territoriales sans qu’une nouvelle réforme constitutionnelle ne vienne le modifier.
Un tel précédent ne peut que nourrir les aspirations d’autres régions. La Bretagne, par la voix de son président Loïg Chesnais‑Girard, n’a pas attendu pour exprimer son souhait d’obtenir, elle aussi, la liberté d’agir dans des domaines stratégiques comme le logement ou la préservation de sa langue. La Normandie réunifiée pourrait, à terme, s’inscrire dans ce mouvement si la brèche ouverte se confirme. Au‑delà du continent, d’autres territoires, qu’ils soient ultramarins ou dotés d’identités régionales fortes – Alsace, Pays basque, Savoie – observent attentivement ce qui se joue. Certains dénoncent déjà une boîte de Pandore susceptible de fragmenter la République, quand d’autres y voient une opportunité de renforcer l’adhésion des citoyens à l’État en reconnaissant leur diversité.
La France reste l’un des rares grands pays européens à pratiquer un centralisme aussi marqué. Or, nos voisins montrent qu’une fédération de territoires autonomes n’est pas synonyme de dislocation. L’Écosse, tout en disposant d’un parlement et de larges compétences propres, demeure partie intégrante du Royaume‑Uni ; la Cornouailles anglaise, longtemps périphérie oubliée, développe de nouvelles revendications statutaires pour protéger sa culture et gérer plus directement ses affaires locales ; l’Espagne, malgré ses tensions, a su créer des communautés autonomes dont certaines – Catalogne, Pays basque – ont acquis un rôle économique et politique décisif. Ces modèles ne sont pas parfaits, mais ils prouvent qu’un État peut conjuguer unité et diversité sans craindre l’implosion.
Passer d’un système jacobin hypercentralisé à une République fédérative de territoires autonomes, c’est admettre que la proximité de décision et la souplesse d’adaptation sont des leviers de développement et de cohésion. C’est aussi répondre à une crise de confiance envers l’État central, accusé d’ignorer les spécificités locales et de diluer les identités régionales dans un moule uniforme. L’autonomie n’est pas une concession à des caprices régionalistes ; elle est une réponse politique et institutionnelle à la réalité d’un pays pluriel, qui gagnerait en efficacité, en créativité et en sentiment d’appartenance si chaque territoire pouvait décider de ce qui le concerne, dans le respect des valeurs communes. La Corse ouvre la voie ; il appartient désormais aux responsables politiques de dire s’ils veulent refermer cette porte ou franchir résolument le pas vers une France qui assume pleinement d’être à la fois une et multiple.
|
| |